L'automne

Publié le par Eglantine Nalge

L'automne

Le jeudi en poésie des Croqueurs de mots

Le parc bien clos s'emplit de paix et d'ombre lente :
Un vent grave a soufflé sur le naïf orgueil
Du lys et la candeur de la rose insolente ;
Mais les arbres sont beaux comme des rois en deuil.

Encore un soir ! Des voix éparses dans l'automne
Parlent de calme espoir et d'oubli ; l'on dirait
Qu'un verbe de pardon mystérieux résonne
Parmi les rameaux d'or de la riche forêt.

Au dehors, par delà mon vespéral domaine,
La terre a des parfums puissants et ténébreux ;
Dans les vignes, le vent vibrant de joie humaine
Disperse des clameurs de vendangeurs heureux :

C'est l'altière saison des grappes empourprées
Des splendeurs de jeunesse éclatent dans les champs.
Si j'allais me mêler aux foules enivrées
De clairs raisins et si j'allais chanter leurs chants ?

Je suis las à présent de mes rêves stériles
Que j'ai gardés comme un miraculeux trésor.
Je hais comme l'amour mes fiertés puériles
Et la rose de deuil comme la rose d'or.

L'Ennui, rhythme dolent de flûte surannée,
L'Orgueil, vulgaire choeur d'inutiles buccins,
Ne vont-ils pas mourir avec la vieille année
Dans le soir bourdonnant de rires et d'essaims ?

D'invisibles clairons dans l'Occident de cuivre
M'appellent vers la vigne et les impurs vergers ;
Je veux aussi ma part dans le péché de vivre ;
Seigneur, conduisez-moi parmi les étrangers !

Pourtant tu sais, ô coeur épris de blond mystère,
Qu'au pays triomphal des treilles et des vins
Veille le dur regret de la forêt austère :
Tu pleurerais de honte en leurs sentiers divins.

N'écoute pas le cri lointain qui te réclame,
Les conseils exhalés dans la senteur des nuits.
Tu sais que nul baiser libérateur, mon âme,
Ne rompt l'enchantement de tes subtils ennuis.

Laisse les vendangeurs en leurs mauvaises vignes,
Tu ne t'enivres pas des vins de leur pressoir :
Contemple les lueurs candides des grands cygnes
Glissant royalement sur les lacs bleus de soir.

Et dans le jardin pur de floraisons charnelles
Regarde croître l'ombre avec sérénité,
Tandis qu'au ciel, des mains blanches et fraternelles
Font dans le crépuscule un geste de clarté.
 
Éphraïm MIKHAËL (1866-1890)
L'automne

Publié dans Poésies

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Quichottine 07/10/2015 17:48

C'est un très beau poème. Merci pour la découverte, Eglantine.
Bisous et douce soirée.

elisabeth 04/10/2015 16:48

Merveilleux poème, je te remercie pour cette découverte.

dimdamdom59 04/10/2015 16:15

Nous avons choisi le même péché pour cette participation. C'est une belle découverte que ton poème.
Merci pour ta participation.
Bises Domi"nicales"
ps : je te fais part d'un scoop, désormais j'habite rue de l'automne ;)

mansfield 03/10/2015 17:14

Un langage très soigné pour un poème d'un autre temps célébrant l'orgueilleux automne!

Eglantine 04/10/2015 09:35

c'est ainsi que j'ai découvert que l'automne commettait aussi des péchés :-)

flipperine 02/10/2015 11:17

un beau poème

flipperine 02/10/2015 11:17

un beau poème

Josette 01/10/2015 17:54

juste un petit péché d'orgueil...pour ce beau poème !
(je découvre cet auteur ...)
bises

Eglantine 01/10/2015 21:29

juste 1 ! une trouvaille dans les recherches internet
bises et bonne soirée

Renee 01/10/2015 16:48

je ne le connaissais pas mais j'aime beaucoup Bises Eglantine

Eglantine 01/10/2015 21:30

il faut que je recherche ce qu'a pu écrire d'autres ce poète que je ne connaissais pas non plus
bisous

Henri de Margaux 01/10/2015 15:45

Bonjour Eglantine,

c'est un poète qui m'était parfaitement inconnu, tu me permet de le découvrir avec en primes de magnifiques illustrations. Merci !
Bises bien amicales.

Henri.

Eglantine 01/10/2015 21:31

c'est la première fois que je le trouve parmi toutes les recherches que je fais sur internet chaque semaine ...
bonne soirée
bises amicale aussi

Nell 01/10/2015 13:48

L'automne a souvent inspiré les poètes. Ce poème est ravissant et ta photo sublime. Merci pour ce partage.

Eglantine 01/10/2015 21:32

c'est une saison riche en couleur :-)
bonne soirée
bises