Au lecteur

Publié le par Eglantine Nalge

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La sottise, l'erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine.
 
Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
Nous nous faisons payer grassement nos aveux,
Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,
Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.
 
Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.
 
C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas,
Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent.
 
Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
Le sein martyrisé d'une antique catin,
Nous volons au passage un plaisir clandestin
Que nous pressons bien fort comme une vieille orange.
 
Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes,
Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons,
Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes.
 
Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie,
N'ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins
Le canevas banal de nos piteux destins,
C'est que notre âme, hélas ! n'est pas assez hardie.
 
Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,
 
Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;
 
C'est l'Ennui ! - l'oeil chargé d'un pleur involontaire,
Il rêve d'échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !
 
Charles BAUDELAIRE   (1821-1867)

Publié dans Poésies

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Quichottine 14/03/2016 19:55

Tu as bien fait de publier ce poème, je ne me souvenais pas de tout mais j'avais gardé la dernière strophe en mémoire. :)

Navrée pour mon absence de ces derniers jours, j'étais "hors réseau".
Navrée également pour ce "copier coller"... je n'aime pas y avoir recours, mais je ne peux faire autrement aujourd'hui.
Bises et douce semaine.

Eglantine 19/03/2016 17:33

pas de problème pour le copier/ coller :-) je ne connaissais pas ce poème ..il y en a tant que je découvre encore !

je t'embrasse

marizou 13/03/2016 17:09

Quel poème ! Baudelaire n'y va pas de main morte, mais c'est beau !

Eglantine 14/03/2016 08:13

une valeur sure ce poète :-) je n'ai pas tout pendant mes études ! j'en découvre toujours ...

suzâme 11/03/2016 20:22

Qu'il est dur notre Baudelaire! En lisant son poème, on a l'impression de recevoir une correction. C'est l'effet de l'esprit du jugement.

Eglantine 14/03/2016 08:15

:-) je ne sais si c'est une correction mais comment pourrais dire ? c'est vivifiant ? belle journée

Nina Padilha 11/03/2016 09:15

Une lecture qui m'a laissée nauséeuse...
C'est tellement loin de moi, ce portrait !
Bon WE.

Eglantine 14/03/2016 08:16

c'est du Baudelaire :-) !
bises

LADY MARIANNE 10/03/2016 19:18

alors là c'est trop beau !! excellent !!
il n'y va pas avec le dos de la cuillère ! lol

Eglantine 14/03/2016 08:16

que ces choses là sont bien dites :-)
bises

Jeanne Fadosi 10/03/2016 19:08

Oups ! quel poème. Sublimement écrit. Mais on comprend ici pourquoi il dérangeait tant les censeurs.
Merci de l'avoir publié.

Eglantine 14/03/2016 08:17

ah il ne devaient pas plaire à tout le monde :-)
bisous

colettedc 10/03/2016 16:49

Très bon choix de poème, Monique, en ce jeudi que je te souhaite bon et agréable tout entier ! Bisous♥

Eglantine 14/03/2016 08:19

Nous avons tous nos auteurs préférés et ils ne peuvent plaire à tous ....Je ne sais si on l'étudie encore !
bisous

Lenaïg 10/03/2016 12:08

Bonjour mère-grand, je ne me souviens pas de l'avoir lu, ce poème de Baudelaire, merci beaucoup, gros bisous, Eglantine.

Eglantine 14/03/2016 08:21

perso je ne l'avais pas lu ...et j'en découvre toujours, pour un poète ou l'autre grace à internet ...de mon temps lol c'était l'époque des livres de littérature ^...recouverts de papier bleu et non internet !
grosses bises

Martine 85 10/03/2016 09:46

Quel beau poème de Baudelaire que je ne connaissais pas. Je suis allergique à l'ennui. Belle journée

Eglantine 14/03/2016 08:23

je ne t'imagine pas, sans te connaitre, dans l'ennui :-) j'envie tes belles promenades et découvertes que je fais avec toi et tes photos

bises

ZAZA 10/03/2016 08:55

Coucou Eglantine. Merci pour ce magnifique poème de Charles Baudelaire illustrant le thème de l'erreur.
Bises et bon jeudi.

Eglantine 14/03/2016 08:24

heureuse que tu aimes ce partage :-)
je te souhaite une magnifique journée

bises