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Le Blog d'Églantine-Lilas NALGE...

Grégoire -6

22 Février 2014 , Rédigé par Eglantine-Lilas Publié dans #Nouvelles-petits-contes

L'automne


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L'automne est arrivé tout doucement avec ses couleurs pourpres. Grégoire a repris le chemin du collège depuis le mois de septembre et il profite des vacances de la Toussaint pour se perdre dans les bois. Son baluchon est toujours prêt, caché sous son lit. Mais est-ce le regard de sa grand-mère qui le retient ou la vie de cette maison qu’il découvre petit à petit qui lui fait tempérer son départ ? 


Malgré le temps qui passe, l'odeur de la pipe de son grand-père continue à être présente près de lui, quels que soient les endroits où il se trouve. Demain il lui faudra accompagner sa grand-mère au cimetière pour l'aider à porter les pots de fleurs. Il n'aime pas trop les cimetières mais il ne peut pas laisser sa grand-mère trop fatiguée, y aller toute seule.


          Elle continue à s'occuper dans la maison mais son regard est toujours triste sauf lorsqu'elle regarde Grégoire. C'est sa présence qui la rattache encore à la vie, Grégoire en est persuadé et c'est ainsi qu'au fil du temps il est devenu un peu moins sauvage.

          — Grégoire je sais que tu penses souvent à tes parents et qu'il est difficile pour toi de ne pas savoir où ils se trouvent, leur disparation non seulement nous a anéantis mais plus encore du fait, qu'on n'ait pas retrouvé leurs corps.

          — C'est vrai grand-père parfois je me dis que peut être un jour ils reviendront.

          — Je voudrais que tu connaisses ce bonheur mon Grégoire mais je ne peux te le promettre.

          Grégoire pose son vélo contre un arbre et s'assoit sur une souche, il reste là un long moment à écouter le bruit du vent qui agite les feuilles et le piaillement des petits oiseaux.

          — Grand-père si tu étais encore là tu pourrais m'expliquer la forêt

         — Ne t'inquiète pas, nous la découvrirons ensemble quand même. Vois-tu la prochaine fois que tu vas dans le grenier, tu trouveras dans le meuble qui me servait de bibliothèque, sur la rangée du haut à gauche , un livre qui parle des arbres de notre région, tu le prendras et nous le regarderons la prochaine fois que tu viens ici.

          — Ça ne sera pas la même chose mais c'est de ma faute quand tu étais là je ne voulais jamais t'accompagner,

          — Mais je suis là Grégoire, je suis toujours près de toi. Tiens on peut faire une petite excursion, pas très loin ?

          — Ou veux-tu qu'on aille grand-père ?

          — Tu reprends ton vélo et tu avances à peu près un kilomètre devant toi, je te dirais ou t'arrêter

          — Voilà nous y sommes, tu n’es pas trop fatigué ?

          — Non grand-père, je t'écoute

          — Tu sais qu'il y a des ormes dans beaucoup de régions, ici aussi nous en avons, regarde à ta droite. C’est un très bel arbre n’est-ce pas, celui-ci nous appartient, il est à toi tu peux y graver ton nom mais attention sans trop le faire souffrir. Maintenant reprends vite ton vélo et rentre à la maison ta grand-mère doit t'attendre. Aller, file et n'oublie pas que je suis toujours à tes cotés.


          — Au revoir grand-père, je ne t'oublie pas et l’idée de ta présence encore près de moi me donne du courage.


 

         Il y a maintenant un peu plus d’an que le grand-père de Grégoire repose dans le petit cimetière du village. L’année scolaire s’est terminée dans de meilleures conditions que les autres années. L’odeur de sa pipe persiste toujours autour de lui et l’a accompagné pendant cette période lui insufflant le courage dont il avait besoin pour rattraper son retard et revenir se classer dans la première moitié de la classe.


         Ses relations avec sa grand-mère sont redevenues douces et sereines. Un soir qu’il veillait auprès d’elle il avait eu le courage de lui parler de cette odeur de pipe toujours présente auprès de lui, et de cette voix qu’il entendait dans sa tête comme si son grand-père l’aidait à grandir. Sa grand-mère les larmes aux yeux lui a dit qu’il en était certainement ainsi, son grand-père l’aimait trop pour ne pas veiller sur lui de là où il était. Un grand silence s’était fait entre eux mais le cœur apaisé, chacun souriait à l’intérieur de soi au disparu.


         Que va faire Grégoire pendant ces vacances ? Il n’a plus envie de trainer dans le village avec ses anciens copains, il a même déserté son arbre, par contre il passe de grands moments dans le grenier au milieu des affaires de son grand-père. La maison ne manquant pas de place personne n’a eu à cœur de débarrasser quoique ce soit.


         Pendant qu’il était dans le grenier, ce matin il a entendu le facteur arrêter sa mobylette à la porte du jardin et par la fenêtre il a vu sa grand-mère signer un document. Les lettres recommandées sont rares à la maison, il a descendu les escaliers quatre à quatre et il a trouvé sa grand-mère serrant contre son cœur une enveloppe venant d’une ambassade de France aux  États-Unis.

 

Elle venait à peine de l’ouvrir et les larmes coulaient le long de son visage…après tant d’années on venait de retrouver l’épave de l’avion des parents de Grégoire, mais aucune trace de corps…se pourrait-il qu’un espoir aussi fou soit permis ? Grégoire se laissa tomber à terre, le souffle coupé.

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pimprenelle 26/02/2014 18:25


Que tu aurais peut-être pu continuer, non.


J'ai pris plaisir à relire cette histoire.


Merci Eglantine.


Bisous

flipperine 23/02/2014 00:28


un espoir pour Grégoire et c'est vrai que tous ns disparus veillent sur nous

fmarmotte5 22/02/2014 12:21


Merci pour cette très belle histoire émouvante. l'amour et les mots sont éternels n'est-ce pas ? Qu'espèrer d'autre que de laisser de tels souvenirs qui gomment le chagrin et rendent le quotidien
si précieux. Bon week-end .

Monelle 22/02/2014 11:50


Une belle histoire, pleine d'émotion et dont ce passage s'arrête sur un espoir !


Merci à toi.


Bon week-end - gros bisous



jill bill 22/02/2014 10:20


Grégoire s'apaise et voilà qu'une lettre va à nouveau le bouleverser.... merci Eglantine, bises de jill