Neige en Corse

Publié le par Eglantine-Lilas

     La neige tombée en abondance sur la Corse et notamment à Corté, ces quelques jours, a ravivé des souvenirs...déjà évoqués en 2010. La photo ci dessous y est en plus pour quelque chose ! Publiée avec l'aimable autorisation de l'artiste Loïc Colonna.
 

Corté
Crédit photo : Loïc Colonna

      Les reportages de télévision sur la neige de ce mois de décembre 2010 à Paris et les environs,  me ramène dans les années 1945/1946 juste à l’après guerre. Il en est toujours à peu près ainsi lorsque je vois des gens bloqués sur les routes. Chaque fois ma mémoire fait un grand retour en arrière et se souvient.
       Le petit village corse ou je vivais alors avec mes parents, était situé à neuf kilomètres de la ville principale où nous allions faire les achats. A presque mille mètres d’altitude, les hivers y étaient rigoureux.
Lors des chutes importantes de neige, je revois mon père avec une grande pelle déblayer l’accès à la maison, faire un chemin au milieu de cette couche blanche pour que nous puissions circuler un peu. Je revois mes parents se déplacer avec peine ne serait que pour aller chercher des bûches dans l’appentis au fond du jardin pendant que je restais bien au chaud dans la maison.
 
     J’avais à l’époque une dizaine années et ce jour là j’accompagnais ma mère à Corté. Le froid était vif mais la matinée était ensoleillée. Nous avions emprunté le car qui reliait les différents villages voisins sans autre inquiétude. Le ciel s’était couvert  au fur et à mesure que la journée s’avançait jusqu'à prendre cette couleur blanc/gris, feutrant même les bruits de la ville tellement il devenait bas et lourd.
 
    Après avoir fait un dernier tour chez les différents commerçants pour prendre les paquets que ma mère avait fait préparer, principalement de la nourriture, c’est avec une certaine hâte que nous avons rejoint le bureau  sur le cours principal, devant lequel devait partir le car, il était environ dix sept heures trente et la nuit était déjà là.
 
     Le chauffeur du car ne semblait pas très optimiste quelques flocons de neige commençant à tomber et c’est avec énervement qu’il attendait les retardataires. Il n’y avait qu’un passage le matin dans un sens et l’autre pour le retour et ceux qui avaient voyagé le matin n’avaient que cet horaire pour rentrer chez eux.
 
     Enfin le car se mit en marche pendant que la neige tombait de plus en plus drue. La route de montagne commençait à être de moins en moins praticable. Le véhicule s’arrêta, repartit, crachota et finit pas s’arrêter à moins de trois kilomètres du point de départ. L’agitation se fit bouillonnante parmi les voyageurs.
 
     Fallait-il essayer de continuer ? Rebrousser chemin avec le car ? Mais dans ce cas ou loger et aucun moyen de communication pour avertir les familles. Le chauffeur lui trancha, laissant chacun à son propre choix après tout il n’était pas commandant d’un navire, et décida de laisser le car sur place et de revenir à la ville.
 
      Ma mère pris la décision de continuer la route à pieds, inquiète pour sa fille et pour son mari. Certains voyageurs firent comme elle, d’autres rebroussèrent chemin .Au fur et à mesure de la marche le groupe s’étirait, les plus vaillants marchant devant. Je me revois dans la nuit seule avec ma mère qui s’était dépouillée de tout ce qu’elle pouvait en vêtement pour me protéger, portée par son courage et son acharnement à me ramener à la maison,  avançant péniblement dans une couche de neige qui devenait de plus en plus dense.
 
      Combien de temps dura ce voyage je ne saurais le dire pas plus d’ailleurs que notre arrivée à la maison après avoir retrouvé mon père parti sur la route,  très inquiet de ne pas voir le car arriver. J’arrivais pour ma part saine et sauve, maman s’alita pour un temps très long, trop long et dont elle ne se remit jamais tout à fait.

Publié dans Petits-contes-corses

Commenter cet article

manou 21/01/2017 08:28

Voilà une belle histoire d'amour. Car j'imagine que ta maman dans la nuit et la neige, a vu en quelque sorte votre dernière heure arriver et que c'est cela qui explique qu'elle soit tombée malade. Elle avait le devoir de te ramener à la maison et pour cela il fallait marcher coûte que coûte quelles que soient les conditions et surtout ne pas s'arrêter car alors le froid serait gagnant. C'est comme ça à la campagne quand on est loin de tout.

Eglantine 25/01/2017 07:35

il fallait rentrer coute que coute et me mettre à l'abri . Pour me proteger c'est elle que le froid a affaibli ....mon père venu à notre rencontre nous a aidé a regagner la maison et j'avoue qu'il il y a une partie de ce retour qui est flou dans ma tete !

Solange 20/01/2017 20:02

Une aventure qui a été difficile pour ta maman.

Eglantine 25/01/2017 07:31

sa santé on a pâti ...pour sauver la mienne.

Quichottine 20/01/2017 10:39

Oh l'amour d'une mère !
En plus d'un souvenir enneigé, c'est une belle histoire d'amour que tu nous contes, Eglantine.
Merci !
Passe une douce journée. Je t'embrasse fort.

Eglantine 25/01/2017 07:31

l'image de nous deux est toujours vivante ...c'est comme si nous étions encore sur cette route ...
grosses bises

pimprenelle 20/01/2017 09:38

Tu vois, ce qu'il y a de bien aussi avec tes souvenirs c'est qu'ils apprennent certaines choses à certaines personnes, certainement. Que la Corse, par exemple a des montagnes et la mer tout autour ! Non, je rigole ! Il y a des années comme cela, on n'y peut pas grand-chose, il faut accepter. Les mères et les pères de l'époque le savaient et faisaient ce qu'il fallait avec. Il faut reconnaître que ce n'était pas toujours facile. Ta maman savait simplement qu'il fallait faire les provisions avant de ne plus pouvoir du tout bouger de votre village et donc elle trouvait normal son courage. Le problème pour vous est qu'elle en a été malade et affaiblie pour la suite de sa vie.
Bises Eglantine

colettedc 20/01/2017 04:10

Oh ! Prenant, ce récit, Monique ! Oui, l'amour d'une maman est si grand, pour sauver son enfant ! Prête à donner sa vie ... Quel souvenir ! Bises♥

Eglantine 25/01/2017 07:29

son amour était sans limite sans doute comme la majorité des mamans

bises

fanfan 19/01/2017 16:53

Quelle belle photo. C'est en 73 (mars ) qu'il y eu autant de neige à corté. Dans mon village,il y avait 1,50m ! Ton histoire me rappelle à peu près la même anecdote: Je faisais un remplacement dans un petit village ,il m'a fallu faire tout le tour pour essayer de rentrer.A Francardo j'ai pris le car pour Corté,les voitures n'avançaient plus : lui,avançait péniblement;Il y avait une petite mamie qui pleurait en disant qu'on allait tous mourir.Je l'ai accompagne chez elle finalement. Ta maman a été très courageuse, car la nuit dans la neige, c'est dur! Bises

Eglantine 25/01/2017 07:28

Ma soeur ainée continu a vivre au village du moins une partie de l'année et il y a bien longtemps que je n'avais pas entendu parler d'autant de neige depuis longtemps ! bises

LADY MARIANNE 19/01/2017 16:12

mon fils avait fait 2 ans à Corté à la sécurité Civile-
que de neige !! certains blogs disent que depuis 1973 ça n'avait pas tombé comme ça !
ho pauvre maman- sur que peu vêtue elle a eu encore plus froid-
un souvenir pénible pour toi je comprends-

Eglantine 25/01/2017 07:26

un souvenir qui reste tres vivace malgré toutes ces années passées.
bises

pimprenelle 19/01/2017 16:09

Je te relis avec plaisir et me dis que les gens, lorsqu'ils partent en vacances à la neige et qu'ils se trouvent bloqués pour une nuit, en font tout un drame. Fin de guerre je n'habitais pas la campagne mais la neige était là et bien là. Je rejoins Jill car en hiver 85 le thermomètre est descendu en-dessous de -32 ou 34. Cela ne nous a pas empêché de conduire les enfants à la ville pour le lycée et le collège. Malgré les coupures d'eau et de chauffage notre plus jeune n'a que très peu manqué les cours. Ne parlons pas du premier, le lycée nous faisait le conduire le matin à la gare pour le rechercher le soir et tout cela ... tiens-toi bien ... pour que l'internat soit payé, alors qu'il n'y avait pas cours !!! Bien sûr, la ville n'est qu'à 13kms, mais quand même. Tiens, nous en avons parlé dimanche avec le fils.
J'aime tes souvenirs Eglantine car même s'il y a un lustre environ entre nous, nous avons vécu des moments à raconter aux jeunes.
Bonne fin d'après-midi.
Amitiés

Eglantine 25/01/2017 07:25

Merci pour le partage de tes propres souvenirs ...eh oui on n'est beaucoup plus exigeant sur tout maintenant !
bises

Renee 19/01/2017 13:29

dur et émouvant ce souvenir d'enfance, la Corse n'est pas épargnée contrairement à ce que l'on peut s'imaginer de ce pays si ensoleillé mais abrupt par endroit. Joli partage. Bisessss

Eglantine 25/01/2017 07:24

Après des années plus calmes il me semble qu'en ce moment les perturbations sont plus nombreuses ....

bisous

ZAZA 19/01/2017 10:55

Des souvenirs émouvant Églantine. La Corse n'a pas été vernie du côté de CORTE cette semaine. Quand on connait bien ce coin, il faut dire aussi que les accès ne sont pas faciles. J'ai des souvenirs de 2003 (avril), où en remontant sur CORTE le matin, nous avions fait des bagarres de boules de neige et qu'en redescendant sur Porto Vecchio, nous étions tous de baignade sur la plage de Cala Verde. Bisous

Eglantine 25/01/2017 07:23

C'est la magie des paysages Corse :-) depuis quelques années la route Nationale Bastia Ajaccio a bien été aménagée ... Bastia Corté est maintennant une belle route réduisant le temps de parcours Corté Ajaccio aussi a été aménagé mais le paysage de par sa configuration est plus sinueux
bisous