Le Chêne abandonné

Publié le par Eglantine-Lilas

Pas trop eu le temps de donner dans le thème VIRTUEL proposé par Enriqueta

désolée...j'ai donné dans le réel ...

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Dans la tiède forêt que baigne un jour vermeil,

Le grand chêne noueux, le père de la race,

Penche sur le coteau sa rugueuse cuirasse

Et, solitaire aïeul, se réchauffe au soleil.


Du fumier de ses fils étouffés sous son ombre,

Robuste, il a nourri ses siècles florissants,

Fait bouillonner la sève en ses membres puissants,

Et respiré le ciel avec sa tête sombre.


Mais ses plus fiers rameaux sont morts, squelettes noirs

Sinistrement dressés sur sa couronne verte ;

Et dans la profondeur de sa poitrine ouverte

Les larves ont creusé de vastes entonnoirs.


La sève du printemps vient irriter l'ulcère

Que suinte la torpeur de ses âcres tissus.

Tout un monde pullule en ses membres moussus,

Et le fauve lichen de sa rouille l'enserre.


Sans cesse un bois inerte et qui vécut en lui

Se brise sur son corps et tombe.Un vent d'orage

Peut finir de sa mort le séculaire ouvrage,

Et peut-être qu'il doit s'écrouler aujourd'hui.


Car déjà la chenille aux anneaux d'émeraude

Déserte lentement son feuillage peu sûr ;

D'insectes soulevant leurs élytres d'azur

Tout un peuple inquiet sur son écorce rôde ;


Dès hier, un essaim d'abeilles a quitté

Sa demeure d'argile aux branches suspendue ;

Ce matin, les frelons, colonie éperdue,

Sous d'autres pieds rameux transportaient leur cité ;


Un lézard, sur le tronc, au bord d'une fissure,

Darde sa tête aiguë, observe, hésite, et fuit ;

Et voici qu'inondant l'arbre glacé, la nuit

Vient hâter sur sa chair la pâle moisissure.

 

 

 Anatole France (1844-1924)

Publié dans Poésies

Commenter cet article

pimprenelle 30/04/2012 16:53


Pour du réel, c'est du réel et drôlement bien étudié !


Merci Eglantine.


Peut-être devrais-je faire comme toi. Prendre dans un recueil pour le jeudi.

Marielle 27/04/2012 21:26


Je ne connaissais pas ce poème d'Anatole France merci de me  l'avoir fait connaitre...tout en admirant ce beau chêne qui doit avoir un bel âge!


Bon weekend.


Marielle.

Mimi des Plaisirs 27/04/2012 20:02


Beau poème d'Anatole France que je découvre, arbre splendide qui s'étale sur mon écran : les deux parfaitement virtuels tout comme toi pour moi, Eglantine.
 Le défi est parfaitement relevé!!!!!
 bonne fin de semaine

Eliane 27/04/2012 12:36


Hello Eglantine, merci pour ce texte



Le weekend s'annonce doux et lumineux, un peu de patience
donc. 
Excellent vendredi,  bisous

Nina Padilha 27/04/2012 11:51


Me voici, me voilà !
J'avais omis (pas panpan cucul !) de me réinscrire chez toi.
L'erreur est réparée !
Bisous !

Elo 26/04/2012 20:42


je ne cherchais pas le thème et me suis régalée de ton article ! MERCI ! Bisous

Lenaïg 26/04/2012 16:53


Bonjour Eglantine. Magnifique poème d'Anatole France que tu nous fais découvrir ! Peu importe qu'on soit dans le réel, c'est émouvant et ... si ! il y a un lien : le chêne, même mort, a acquis
l'immortalité grâce à ce poème et on peut le voir sur la photo. Bises à toi.

enriqueta 26/04/2012 12:02


C'est pas grâve, c'est agréable à lire tout de même, et à découvrir car je ne connaissais pas ce poème.

Jeanne Fadosi 26/04/2012 11:33


mon com n'a pas voulu se refermer de mon écran; du coup je ne sais pas s'il est parti et s'il est parvenu sur ton blog. Mystères de la boite noire d'Internet.


je t'en fais ici un copié collé. tu pourras le supprimer si l'autre est passé


J'ai lu plusieurs ouvrages d'Anatole France mais je ne connais pas sa poésie


crois-tu t'en être tenue au réel ? D'abord le choix de cet écrivain, qu'il faudrait relire (ou lire pour les jeunes car je crains que ses ouvrages n'aient disparu des bibliothèques) ensuite le
choix du chêne qui sert souvent pour expliquer l'un des sens de virtuel quand le chêne adulte est virtuellement présent dans le gland


et enfin, heureusement que le chêne que tu me permet d'admirer, si majestueux, si imposant, est virtuel sur mon petit écran d'ordinateur, car s'il était réel dans mon séjour, je n'aurais plus
beaucoup de place autour ! 


et enfin merci pour m'avoir fait découvrir ce très beau poème

Eglantine-Lilas 26/04/2012 11:49



bien reçu les 2 coms ..j'en supprimes un ! il faut toujours beaucoup de patience pour mettre les coms et souvent
c'est décourageant ... merci pour les explications sur le chêne ...alors heureuse inspiration hier soir malgré mon manque de temps ? ça c'est une façon de voir le verre à moitié plein et j'aime
beaucoup !!!


bisous


 



Jeanne Fadosi 26/04/2012 11:31


J'ai lu plusieurs ouvrages d'Anatole France mais je ne connais pas sa poésie


crois-tu t'en être tenue au réel ? D'abord le choix de cet écrivain, qu'il faudrait relire (ou lire pour les jeunes car je crains que ses ouvrages n'aient disparu des bibliothèques) ensuite le
choix du chêne qui sert souvent pour expliquer l'un des sens de virtuel quand le chêne adulte est virtuellement présent dans le gland


et enfin, heureusement que le chêne que tu me permet d'admirer, si majestueux, si imposant, est virtuel sur mon petit écran d'ordinateur, car s'il était réel dans mon séjour, je n'aurais plus
beaucoup de place autour ! 


et enfin merci pour m'avoir fait découvrir ce très beau poème