Septembre

Publié le par Eglantine-Lilas

Le tiède après-midi paisible de septembre

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Le tiède après-midi paisible de septembre
Languit sous un ciel gris, mélancolique et tendre,
Pareil aux derniers jours d'un amour qui s'achève.
Après les longs et vains et douloureux voyages,
Le solitaire, ouvrant sans bruit la grille basse,
Rentre ce soir dans le logis de sa jeunesse.

Ah ! comme tout est lourd, comme tout sent l'automne !
Comme ton coeur d'enfant prodigue bat, pauvre homme,
Devant ces murs où tu laissas ta vie ancienne !
La vigne vierge rouge étreint les persiennes,
Le seuil humide et froid est obscur sous les arbres,
Et le portail, vêtu de lierre, se lézarde.

Le voyageur, avant de rouvrir les fenêtres,
Respire en défaillant l'odeur des chambres closes ;
Il regarde onduler les rideaux des alcôves
Et le miroir verdi briller dans les ténèbres.
Il pèse sur le bois gonflé, les volets crient,
La poussière voltige à la lumière triste ;
L'âme émue et les doigts tremblants, pieux, il touche
Les roseaux desséchés, le clavecin qui vibre,
Les estampes, les maroquins ouatés de mousses :
Ah ! ces mousses qui sont les cheveux blancs des livres !
L'enfant morne, oppressé de souvenirs, étouffe,
Et son fragile coeur frémit comme une vitre.

Aussi, maison, jardin, adieu, jevous bénis.
Que les printemps futurs jusqu'aux âges lointains
Vous remplissent tous deux et d'enfants et de nids !
Que les roses te soient toujours belles, jardin,
Tes longs couloirs toujours sonores, ô maison !
Adieu, pesant verger de l'arrière-saison,
Charmille... Effacez-vous, ô chères visions,
Car mes yeux sont un port de fumée où l'on voit
A travers la forêt vacillante des mâts
Les grands vaisseaux appareiller pour les climats
Qui bercent la douleur sous des cieux azurés.
Demain, plus seul, plus triste et vieux, je partirai
Mettre au tombeau le Dieu secret qui souffre en moi.

L'enfant d'exil se tait, baisse ses cils mouillés ;
Il s'enivre à mourir de son amer émoi,
Et dans son coeur le souvenir des jours dorés
Fond comme un peu de sable tiède entre les doigts.

 

Charles GUÉRIN (1873-1907)

Publié dans Poésies

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m'annette 05/09/2012 09:48


C'est très beau! Je ne connaissais pas. Pour l'instant, c'est plutôt l'été indien chez nous, et on ne ressent pas de tiédeur, mais ça va venir... Je te souhaite une bonne journée,
bisous

Clio Francine 31/08/2012 10:40


Bonjour Eglantine.


Un petit coucou au seuil de cette nouvelle saison.


Il est très beau ce poème .


Ce doit être bien agréable par chez toi , il doit encore faire bon dehors.


Ici la pluie et la fraîcheur sont bien au rendez-vous.


Prends bien soin de toi !


Gros bisous.


Francine.

Calvatine 30/08/2012 20:18


Je ne connaissais mas ce poète mais j'ai beaucoup aimé !


Bisous eglantine !


Je pars en vacances demain matin, dans le Lot et Garonne et j'espère avoir un beau mois de septembre.


Bisous

mamie Claude 30/08/2012 18:54


Attention nous sommes en Août, je le relirai samedi car c'est fort joli et agréable ton choix ! grosses bises

Nina Padilha 30/08/2012 18:11


Une bien belle plume...
Merci du partage.
Bisous !

Solange 30/08/2012 15:21


C'est très beau je ne connaissais pas.Septembre est un beau mois.

Eliane 30/08/2012 14:24


Hello Eglantine, le
reve d'un enfant, serait ce Marius ?... , bisous du jeudi  A bientôt





 


http://pre-au-clair.eklablog.com/


http://parfumsdecampagne.over-blog.com


 

pimprenelle 30/08/2012 09:54


Arrivé au bout du voyage de la vie, le viel homme est tellement nostalgique et prêt malgré tout.


Bises Eglantine

Dominique 30/08/2012 09:20


Bonjour Eglantine, 


Plus que deux jours pour que nous franchissions septembre et le pré-automne.Il est vrai qu'il nous réserve depuis quelques années de très beaux jours qui n'ont rien à envier  aux
jours d'Eté ( surtout ceux de cette année) mais tout de même ... un peu nostalgique.


Bises et belle journée


Dominique

Monelle 30/08/2012 09:14


Très émouvant poème sur le retour dans la maison de l'enfance ! Merci de l'avoir partagé !


Bonne journée - bisous