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Adagio

Adagio

Le jeudi en poésie des Croqueurs de Mots, notre amie Lenaïg
au
 poste de commande

 

La rue était déserte et donnait sur les champs.
Quand j’allais voir l’été les beaux soleils couchants
Avec le rêve aimé qui partout m’accompagne,
Je la suivais toujours pour gagner la campagne,
Et j’avais remarqué que, dans une maison
Qui fait l’angle et qui tient, ainsi qu’une prison,
Fermée au vent du soir son étroite persienne,
Toujours à la même heure, une musicienne
Mystérieuse, et qui sans doute habitait là,
Jouait l’adagio de la sonate en la.
Le ciel se nuançait de vert tendre et de rose.
La rue était déserte ; et le flâneur morose
Et triste, comme sont souvent les amoureux,
Qui passait, l’oeil fixé sur les gazons poudreux,
Toujours à la même heure, avait pris l’habitude
D’entendre ce vieil air dans cette solitude.
Le piano chantait sourd, doux, attendrissant,
Rempli du souvenir douloureux de l’absent
Et reprochant tout bas les anciennes extases.
Et moi, je devinais des fleurs dans de grands vases,
Des parfums, un profond et funèbre miroir,
Un portrait d’homme à l’oeil fier, magnétique et noir,
Des plis majestueux dans les tentures sombres,
Une lampe d’argent, discrète, sous les ombres,
Le vieux clavier s’offrant dans sa froide pâleur,
Et, dans cette atmosphère émue, une douleur
Épanouie au charme ineffable et physique
Du silence, de la fraîcheur, de la musique.
Le piano chantait toujours plus bas, plus bas.
Puis, un certain soir d’août, je ne l’entendis pas.

Depuis, je mène ailleurs mes promenades lentes.
Moi qui hais et qui fuis les foules turbulentes,
Je regrette parfois ce vieux coin négligé.
Mais la vieille ruelle a, dit-on, bien changé :
Les enfants d’alentour y vont jouer aux billes,
Et d’autres pianos l’emplissent de quadrilles.

François Coppée, Promenades et Intérieurs

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D
Il est quand même plus poétique que l'autre Copé qui nous enivrait avec ses Meaux toujours des Meaux ;)
Bises Mère-Grand et merci pour ta participation.
Domi.
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E
pas de quoi Domi, ce fut un plaisir ..
bises
L
coucou Eglantine
J'avais trainé avec François Coppée dans ce vieux quartier et écouté cet adagio en la au cours d'une lecture de ses poésies.... il y a quelques temps !
Merci de me le remettre en tête, car j'aime bcp ! Il aurait été dommage de l'oublier....
Bisous
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E
Coppée ...c'est tout une scolarité qui refait surface :-) heureuse que cala t'ai plu

bisous
J
j'ai toujours aimé le ton des "promenades" de François Coppée un air très doux juste ce qu'il faut de nostalgie
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E
nostagie aussi pour moi me replongeant dans ses poèmes

belle journée
F
un joli poème
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E
j'aime beaucoup François Coppée
L
Ah, merci beaucoup, mère-grand pour le mystère de cette ruelle où François Coppée nous entraîne à sa suite, sur une frontière floue entre ce qui est su et l'imagination ... Bizzz, Eglantine, le voici donc le poème "quelconque" pas quelconque du tout ;))) !
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E
c'est tes photos qui m'ont orientées vers ce poème :-) merci pour ton analyse toujours très riche et instructive
bonne nuit et grosses bises
A
Différemment je te rejoins aujourd'hui en jouant aussi une atmosphère musicale.
merci pour ce beau texte.
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E
je vais aller voir :-) si les partitions sont en phase

bonne nuit
S
C'est très beau, je ne connaissais pas merci.
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E
je l'avais oublié ...
Q
Curieusement, j'ai du Brel dans la tête maintenant...

J'aime beaucoup Coppée. Merci pour ce poème que je redécouvre.
Bisous et douce journée.
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E
pour Brel il faut me fredonner ce que tu as en tête :-)
j'aime aussi beaucoup Coppée
il es tard je te souhaite une bonne nuit
bisous
C
Pauvre monsieur, il s'en est allé ... reste la musique et ceux qui remplissent cet espace à nouveau ! Bon jeudi tout entier Églantine !
Bisous♥
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E
ah les amoureux pas toujours faciles à comprendre :-)
bisous Colette
J
Bien seul et triste le monsieur imaginant la vie dans cette maison... et comme ce lieu connu et méconnu à la fois lui manque comme une habitude.... je découvre, merci à toi,bonne nuit, bises
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E
une remontée dans les souvenirs ...oubliés :-)

on aime parfois imaginer la vie des autres ...
une bonne nuit à toi
bisous