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C'était un 23 novembre, comme les autres...

La « vieille » Norine, comme la taquinait souvent son amie de jeunesse, reposa une fois de plus le tricot sur la table basse devant elle. Cette épaule qui ne voulait pas la laisser tricoter tranquillement commençait à l’agacer sérieusement.
Des douleurs par ci par là, à son âge on sait ce que c’est mais cette tendinite très probablement déclenchée par du tricotage à répétition, l’empêchait de finir le paletot pour le dernier des arrière-petit-fils et cela n’était pas envisageable. Depuis la naissance de l’aîné il y a trois ans, elle avait retrouvé ce plaisir et en même temps une certaine détente qui avait remplacé la lecture, pendant que ses doigts s’agitaient autour des aiguilles. Le facteur la taquinait souvent lorsque il lui livrait ses commandes.
Ce n’est point une nécessité ces tricots, on trouve de si beaux vêtements en magasin maintenant pour les enfants, et dieu sait qu’ils ne manquaient de rien,
- Que de trop avait-elle coutume de dire ! mais c’est un lien chaleureux qu’elle tricotait entre elle et eux.
- Au pire, tant pis s’ils ne les mettent guère, ils savent ainsi que je les serre fort contre mon cœur.
 
De son temps, du moins celui de sa jeunesse, les magasins de laine fleurissaient à tous les coins de rue, maintenant et particulièrement à la campagne il fallait commander par Internet. Elle s’y était faite sans trop de difficultés à cet outil, ses enfants avaient été présents pour lui en montrer tous les avantages depuis qu’elle avait décidé de s’installer dans une maison familiale, dans ce petit village un peu perdu de la Provence. L’éloignement avec la ville et la famille un peu dispersée, se faisait ainsi moins sentir.
Les enfants n’avaient pas bien compris ce retour aux sources dans ce village où Norine était née, elle qu’ils avaient toujours vu mener, une vie très active à la grande ville.
- Il y a un temps pour tout mes enfants, le temps est venu de ralentir le rythme.
 
Norine, vieille elle l’était un peu mais pas tant que ça, du moins dans sa tête, vieille oui pour ce corps qui ne voulait plus être aussi agile, vieille dans ses mouvements devenus plus lents, dans sa marche secondée par une canne,
- Où on vieillit ou on meurt, pour le moment moi j’ai choisi de vieillir, disait-elle à ceux qui se plaignaient de leur vieillesse. Elle pensait d’ailleurs qu’elle avait le « devoir » de vieillir encore un peu pour ses petits-enfants.
- Comment ça ? lui demandait Mireille lorsque elles en discutaient entre elles.
- Nous sommes les dernières des grands-parents des deux côtés avec mon mari, nous nous devons de tout faire pour essayer de rester encore un peu près d’eux…si nous pouvons ! lui répondait-elle en riant.
 
Cette boutade n’en était qu’une en partie, certes l’horloge du temps ne lui appartenait pas, elle le savait bien.  Les liens qui les unissaient étaient très importants et si le moment de la mort ne se décrète pas en général, il lui semblait indispensable que ces enfants puissent se référer encore un peu à eux, dans la mesure du possible.
- Je sais aussi, que quand viendra le moment de la séparation, ils sauront y faire face.
Mireille parlons d’autres choses veux-tu, as-tu vu des préparatifs de Noël dans le village ?
- Notre maire s’est fendu de quelques décorations et d’un arbre traditionnel devant notre mairie !
- Bon, c’est toujours ça…j’ai quelques guirlandes que j’irai remettre à Monsieur le Maire, notre village n’est pas si riche que ça mais nous y vivons bien.
Nous étions déjà le 23 novembre il était temps pour Norine de s’affairer un peu pour les préparatifs, compte tenu du temps qu’elle mettait à exécuter toutes choses.
- Par où commencer ?
Chaque année je me pose la même question, ma pauvre Norine tu dois commencer à perdre la tête ! Le ménage ? Il est fait régulièrement par la petite Anaïs qui me rend bien service, on verra pour briquer la maison « façon fête », la dernière semaine, trop tôt ça ne sert à rien !  Il me faut cependant sans tarder et dès demain, aller chez le boulanger récupérer le blé de l’Espérance pour la Sainte Barbe, après il sera trop tard pour l’envoyer à la famille qui est au loin.
À la télévision, qu’elle regarde parfois, on a beaucoup parlé de la fête de Thanksgiving aux États-Unis et de l’oie graciée par le président,
- Pauvres bestioles, bien que nous ne fassions pas mieux à noël avec la dinde !  Ce qui me fait penser qu’il faut se préoccuper du repas de noël…Les enfants devraient être tous là cette année, enfin on verra s’il n’y a pas d’empêchement de dernière heure, il vaut mieux être prudent, pour ne pas être déçu.
Ne pas trop attendre de la vie et prendre tout ce qui arrive comme un cadeau, c’est ma devise ! Cette année je ferai décorer par les enfants du moins ceux qui seront là, les sapins plantés par mes parents à chacune de leur naissance, ils sont bien trop hauts maintenant pour que nous puissions les décorer nous, et puis ils aiment ça, ce retour à leur enfance. Pour aujourd’hui assez réfléchi, on va laisser pour demain les autres préoccupations ! 
 
C’est dans la douce chaleur  produite par un bon feu de cheminée, que Norine ferme les yeux et s’assoupit.
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Isabelle 29/11/2018 10:32

Qu'elle est douce cette histoire Eglantine ! Moi qui ai la chance d'avoir vu ce paletot en vrai, je peux dire que le petit dernier aura bien chaud cette hiver :)

Eglantine lilas 01/12/2018 09:44

il attend sa venue ...le paletot :-) si les gilets jaunes veulent bien ne plus bloquer...

manou 27/11/2018 08:07

Quelle merveilleuse histoire (vécue) ! Norine est un personnage qui me va droit au cœur tant je voudrais pouvoir lui ressembler un jour prochain. Une belle mémé comme je les aime, aimante et tendre, qui sait transmettre en douceur les traditions et qui apprécie la vie au jour le jour sans se plaindre. Finalement il ne me reste plus qu'à reprendre assidûment le tricotage ce que je n'arrive pas à faire et à délaisser un peu la lecture. bisous et merci pour ce joli partage

Eglantine lilas 01/12/2018 09:45

du vécue et du pas vécue :-) on met toujours un peu de soi dans les histoires qu'on raconte .
un petit soleil fait aujourd'hui son apparition...
bisous et bonne fin de semaine

colettedc 27/11/2018 02:56

Quelle belle histoire pleine de vie, Monique !
Bonne journée,
Bisous♥

Eglantine lilas 01/12/2018 09:46

sans doute l'approche de la noël :-) qui donne envie de raconter des histoires...

Anne 26/11/2018 22:40

Une bien jolie histoire optimiste et qui nous fait aimer tous les âges de la vie.

Eglantine lilas 02/12/2018 09:37

si tu vieillis et en plus tu deviens pessimiste ....à mon avis ça complique les choses ...:-)

pimprenelle - entrebrumetsoleil 26/11/2018 15:07

Oh que c'est bon ! Bon de voir Norine s'activer doucement, bon de l'entendre réfléchir sagement. Comme j'aimerais être sage. Peut-être que je veux trop encore, que j'attends trop encore de la vie, je ne sais.
Pourtant, l'un dans l'autre, je sais que je suis gâtée par la vie.

Bonne fin d'après-midi Eglantine.
Bises

Eglantine lilas 02/12/2018 09:36

tu as tout dit : s'activer lentement :-)...mais pas toujours facile à admettre !
bises

Quichottine 26/11/2018 13:41

J'aime ton récit... j'ai eu l'impression de me regarder dans ton miroir. :)
Merci pour tout, Églantine.
Bisous et douce journée.

Eglantine lilas 02/12/2018 09:35

je me suis aussi "regardée" faire ....
bon dimanche
grosses bises

Martine MARTIN 26/11/2018 13:17

Beau texte plein d'amour de la vie et de ses joies familiales qui m'a touchée. Bises

Eglantine lilas 30/11/2018 10:19

un peu de vécu , un peu d'imagination :-)
bises

Nina Padilha 26/11/2018 10:16

Départ en douceur...
Je veux le même !

Eglantine lilas 26/11/2018 12:23

si on pouvait choisir ....

marie des vignes 26/11/2018 09:46

Bonjour Eglantine, une très belle histoire, les douleurs de l'âge , je connais bisous bonne journée MTH

Eglantine Lilas 29/11/2018 13:39

les douleurs de l'âge difficile de passer au travers :-) mais certaines personnes sont touchées plus que d'autres ...je ne me plains pas elles se sont réveillées assez tard!
bisous

LADY MARIANNE 26/11/2018 09:39

une belle histoire positive-
ha les douleurs avec l'âge ! nous limitent ! la tête a des idées mais le corps ne suit pas -
bisous- bon lundi-

Eglantine Lilas 29/11/2018 13:37

tant que l'on ne perd pas et la tête et le corps :-)
bisous

jill bill 26/11/2018 09:26

Et bien voilà... ne pas trop se prendre le chou avec les vieux jours, certes point sans maux, mais... tant que debout, les arrières seront-là.... bises bonne-maman !

Eglantine lilas 29/11/2018 10:32

Ah certes non pas sans maux ! il faut apprendre à faire avec ???? et ne pas trop attendre des autres c'est comme ça qu'on apprécie tout ce qui arrive !
grosses bises