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La suite des deux shimai, par Anne

 

Sur le chemin du retour, Arisa seule, montée sur un robuste kandachine alezan à la robe blanche, semble perdue dans ses pensées. Son fidèle Inugami la suit comme porté par le vent. Elle revoit en pensée toutes les péripéties de son voyage avec Emiko sa sœur. Leur départ, en secret, du château familial en compagnie de leurs chiens fantastiques, la longue marche vers le Mont Fuji, l’entrée dans « La forêt de la mort ».
Dès qu’elles eurent franchi la lisière de la forêt un silence pesant et une obscurité presque totale s’abattirent sur elles. Puis des frôlements, des soupirs... Un sentiment d’angoisse, l’impression d’un danger imminent s’emparèrent des deux sœurs qui d’un commun accord saisirent leurs Katanas, sabres à la lame courbée, cachés sous leurs manteaux d’apparat. Elles redevinrent les Onna-bugeisha qu’elles étaient parfois, elles qui depuis leur plus tendre enfance, pratiquaient l’art du combat sous la conduite de la grande Tomoe Gazen, l’icône des Samouraïs...
D’un seul coup, la forêt s’anima. Les Yokais, surgirent de partout ! fantômes de suicidés, de bannis, de désespérés, femmes défigurées au sourire carnassier aux longs cheveux noirs et raides, silhouettes vêtues de kimonos funéraires aux longues manches flottantes aux mains  pendant mollement des poignets, démons sans corps environnés de flammes flottantes vertes, bleues, violettes ... toutes les âmes des misérables ayant mis fin à leurs jours dans “la forêt de la mort”, tous les esprits maléfiques cherchant à tourmenter les deux sœurs afin qu’elles se perdent dans cette forêt et qu’elles y meurent. N’écoutant que leur courage Arisa et Emiko dos à dos, firent tourbillonner leurs Katanas. Elles étaient tellement déterminées que les esprits bien que immatériels et invulnérables, subjugués par l’intrépidité de ces femmes samouraïs luttant contre le mal, reculèrent en masse et disparurent peu à peu dans les profondeurs de la forêt.
Et puis ce fut en pleine nuit, l’attaque des chauves-souris tueuses. Arisa entend encore leurs cris aigus. Elles frôlaient les deux sœurs, les enveloppant d’un nuage menaçant en poussant des cris stridents. Gênées par les moulinets que faisaient les deux jeunes-femmes à l’aide de leurs Katanas, les sinistres vampires hésitaient. C’est alors que le puissant Inugami intervint en poussant des hurlements qui les attirèrent puis les emmenèrent toujours plus loin dans un immense froissement d’ailes et le danger disparut comme par enchantement.
Bercée par le balancement de la marche de son cheval, Arisa ne peut s’empêcher de sourire à cette évocation car sur le chemin du retour, elle vient de traverser seule la dangereuse forêt et aucun esprit maléfique ne s’est manifesté. Elle se replonge dans ses pensées. Son cœur se serre au souvenir de sa sœur.
Elles ont marché encore longtemps sur le Mont Fidji avant d’atteindre la fontaine de Jouvence. Quelle ascension pénible parmi les rochers semés d’arbres aux troncs biscornus et puis tout à coup, au détour d’un sentier, le magnifique spectacle d’un nid de verdure semé d’orchidées, de camélias, d’iris et d’hortensias protégé par le feuillage de deux énormes Sequoias. Et sous cette voûte une fontaine de pierre laissant échapper un mince filet d’eau dans un petit bassin naturel.
Et puis ce mur invisible empêchant l’accès à la fontaine, impossible à franchir malgré les pouvoirs magiques de leurs chiens !
Alors la déesse Sengen-sama leur apparut belle comme le jour, son abondante chevelure d’un noir de jais parsemée de fleurs à peine écloses :
            « Je vous attendais Emiko et Arisa. Votre courage mérite récompense. Vos intentions sont nobles et généreuses. Buvez l’eau de ma fontaine. Je sais que vous en ferez bon usage. Laquelle d’entre vous se sent prête ? ».
Emiko regarda sa sœur, s’avança, se pencha vers la fontaine et se servant de sa main droite en guise de coupe, alors que de l’autre elle serrait contre elle son inséparable Tanuki, but à grandes gorgées l’eau magique... Arisa vit alors comme dans un rêve sa sœur et le chien viverrin dont elle ne se séparait jamais, se métamorphoser, tous deux ne faisant plus qu’un seul être... une créature au corps formant de longues courbes sinueuses s’affilant vers la queue et aux courtes pattes griffues, le dos orné de petites nageoires régulières, la tête  aux yeux proéminents et à l’intérieur de la bouche  un Châu, joyau symbole d’humanité. Un dragon ! certes immortel... qui s’envola vers les cimes du Mont Fidji. Arisa vit tout cela en un éclair, à travers le brouillard de ses larmes.
 Elle refusa de boire à son tour l’eau de la fontaine, accepta l’offre de la déesse Sengen-sama qui lui proposa pour s’en retourner chez elle, une monture qui lui éviterait tout incident et toute mauvaise rencontre.
 Depuis de longues heures Arisa chemine sur son kandachine alezan suivie de son fidèle Inugami. Elle se dirige vers le temple perdu au milieu de la verdure là, où elle le sait maintenant, elle deviendra religieuse bouddhiste et où s’accomplira, jusqu’au bout de sa vie, son destin de femme samouraï.
 Anne
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A
Mais peut-être que Emiko a eu ce qu’elle souhaitait. Bises.
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F
J'ai lu les deux textes.C'est un beau récit . La seconde soeur a été plus sage que l'autre .<br /> Bonne soirée
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A
J’ai aimé écrire ce texte. Merci à ceux qui ont aimé le lire et merci à Églantine pour la magnifique illustration.
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C
Merci beaucoup Anne pour cette suite. <br /> Bonne semaine.
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R
Remerciement pour la suite a Anne....c'est très beau. Bises
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Q
Merci à Anne pour cette suite inattendue...<br /> L'histoire est belle, j'ai aimé.<br /> Passe une douce journée. Bisous.
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J
C'est une "drôle" de forêt... les rencontres pas banales, une belle histoire au final ,-)
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