
- Bien le bonjour Églantine,
- Bien le bonjour Mère-Grand, heureuse de te voir de retour.
- De retour…de retour c’est peut être vite dit, pour le moment juste un petit coucou.
- C’est toujours ça. Comment va chez toi ?
- Un mois après, jour pour jour, un peu mieux. Je profite de ce jour de rentrée des classes, du moins il me semble, rassure-moi c’est bien … ?
- Oui je te rassure, pour une grande partie des élèves c’est bien la rentrée des classes.
- C’est curieux, je m’attendais à une grande effervescence dans ma rue et c’est très calme. Bon, je ne sais plus où j’en étais…Ah oui, il est temps que je fasse un petit coucou à mes ami(e)s
- Cependant dis-nous avant, comment va la santé de ton mari ?
- Comment dire ? Mieux c’est certain, on commence à voir l’évolution « positive », mais il faudra encore du temps pour qu’il retrouve et moralement et physiquement, une certaine autonomie.
- Et toi ?
- Moi ? Sourire…ça va avec sa courbe. Sais-tu Églantine qu’il n’y a pas si longtemps je trouvais que nous étions un peu privilégiez.
- Comment ça Mère-Grand ?
- Nous avancions en âge sans trop de misères…certes nous n’étions pas exempts mais globalement, les années s’additionnaient aux années, sans trop de dégâts.
- La maladie ne regarde pas l’âge, puisque hélas elle touche aussi des jeunes enfants !
- Tu as raison Églantine, n’allons pas nous plaindre.
- Dis-moi pour changer de sujet…il me semble que tu as reçu des cartes postales, auxquelles tu n’as pas répondu ?
- J’ ai honte, Dieu sait si elles m’ont fait plaisir, mais je n’étais point en état moral et aussi un peu physique, d’y répondre. Elles sont là, à coté de moi sur le bureau et promis j’y répondrai… Le temps ne fait rien à l’affaire…tu connais la chanson ? En attendant, un grand merci pour ces pensées qui m’aident à avancer en oubliant un peu les soucis.
- À propos de rentrer des classes tu ne trouves pas que pour les personnes de notre âge, ça fait bizarre cette rentrée au 2 septembre, ma mémoire retiendrait plutôt les tous premiers jours d’octobre…
« Je vais vous dire ce que me rappellent tous les ans, le ciel agité de l’automne et les feuilles qui jaunissent dans les arbres qui frissonnent[1]. »
- C’est si loin tout ça…cependant je revois encore le jour de la rentrée, nos doigts tachés de brou de noix , si difficile à enlever et peu apprécié par la maîtresse.
- Mère-Grand je crois que nous nous laissons aller à trop de nostalgie, avant de nous quitter et à ce que je vois sans le traditionnel café, je t’offre en ce jour de rentrée un petit poème.
- Je t’écoute Églantine, et à très vite, promis !

LES ÉCOLIERS
Sur la route couleur de sable,
En capuchon noir et pointu,
Le 'moyen', le 'bon', le 'passable'
Vont à galoches que veux-tu
Vers leur école intarissable.
Ils ont dans leurs plumiers des gommes
Et des hannetons du matin,
Dans leurs poches du pain, des pommes,
Des billes, ô précieux butin
Gagné sur d'autres petits hommes.
Ils ont la ruse et la paresse
Mais l'innocence et la fraîcheur
Près d'eux les filles ont des tresses
Et des yeux bleus couleur de fleur,
Et des vraies fleurs pour leur maîtresse.
Puis les voilà tous à s'asseoir.
Dans l'école crépie de lune
On les enferme jusqu'au soir,
Jusqu'à ce qu'il leur pousse plume
Pour s'envoler. Après, bonsoir !
Maurice Fombeure