Participation d'Anne au défi 224, thème proposé par Martine.
Le soleil écrasant, le vent dans les feuillages, un bruit d’eau au lointain, une impression étrange, une odeur connue venue d’on ne sait où, les yeux clos éblouis de poussière de soleil, de poussière d’images encore insaisissables, souvenirs flous, perdus, venus du fond des temps, elle se laisse aller au rêve qui l’appelle.
La voilà sur « une île entre le ciel et l’eau », une île, il y a de cela si longtemps, boisée, verdoyante, presque sauvage, perdue dans l’océan Indien. L’île où se passa son enfance, bien à l’abri pendant la seconde guerre mondiale.
Des souvenirs de plus en plus présents, poussière du temps passé, le soleil, la brise marine, la riche saison des pluies, parfois les cyclones violents, les maisons de bois et de bardeaux aux varangues couvertes, les champs de cannes à sucre, les forêts luxuriantes les sous-bois où elle rôde en toute liberté.
Elle se baigne dans les bassins des cascades. Elle retrouve l’océan infini avec sa houle, ses embruns, ses plages de galets, ses dunes recouvertes d’épineux et d’un abondant lichen. Et du phare de Sainte Suzanne elle contemple les ébats des cachalots.
Ses parents sont jeunes présents, et accueillants. Les boutiques chinoises regorgent de « bonbons coco », poussière de tendresse. En compagnie de Leona, sa « petite bonne » , sa compagne de jeux, son amie, elle assiste à la fête religieuse de la famille malabar pour honorer les morts, partageant avec ses hôtes leurs prières et leur repas servi dans de grandes feuilles de bananier, tous les convives assis à même le sol.
Maintenant elle est avec ses camarades de classe, assises à plusieurs sur un banc, derrière une longue table de bois massif, récitant en chœur les tables de multiplication, les conjugaisons, les fables de La Fontaine pendant que la sœur au long voile noir donne le rythme à ces petites écolières françaises, s’exprimant habituellement en créole, en frappant de sa baguette sur son bureau
Resurgissent, poussière de rêve, les fêtes hindoues au son du tam-tam, le sorcier l’air hagard, le torse nu couvert de safran, passant devant les maisons, dansant, faisant la quête ! Quelle terreur cela lui inspire !
Et puis un jour, après la guerre, le départ, pour un voyage sans retour dans un grand paquebot aménagé pour le transport des troupes, un voyage jusqu’à la fin de la vie mais avec dans le cœur, au fond de la mémoire, ces souvenirs heureux où elle puise l’espoir, le bonheur d’exister, souvenirs d’un autre temps, poussière de vie, poussière d’hier.
Superbe texte qui nous prend par la main pour faire vivre ces poussières d'enfance , des souvenirs vraiment émouvants merci de les avoir partagés .<br />
Bonne journée <br />
Bises
Les poussières d'enfance … et là, vécues dans un pays dont on ne garde que le bon. C'est ça l'enfance et c'est bien, et c'est mieux.<br />
Un très beau texte Anne.<br />
Bonne journée.<br />
Bises
Que c'est beau...C'est tellement difficile de partir ainsi en tout laissant derrière soi de son enfance, ne plus sentir ni voir ce qui a été pendant longtemps le cadre de la vie de tous les jours. Mais nous avons tous des souvenirs que nous avons laissé derrière nous même si nous n'avons pas quitter le pays de notre enfance. Merci à toutes les deux pour ce partage. Bisous et bonne semaine