M’âme Églantine, exceptionnellement, a fait la grasse matinée ! Ce qui ne la rend pas de meilleure humeur, pour autant !
- Et voilà comment on perd son temps !
Horace, qui lui, bien au contraire, adore se prélasser le matin , comme d’ailleurs, le reste de la journée, ouvre un œil avec peine.
- Quel temps ? Quel temps ? Il pleut ?
- Il va falloir te faire appareiller mon pauvre ami !
- Houlà ! Il semblerait que vous ayez mal dormi ! Vous ne pouvez pas être un peu aimable parfois ?
- J’ai très bien dormi, et je suis aimable, si je veux !
- Non mais ! Quelle est cette humeur, aux aurores ?
- Aux aurores, que tu dis ! Mais il est là le problème, nous n’en sommes plus aux aurores ! Il est déjà dix heures !
- Et...vous aviez un rendez-vous que vous avez oublié ?
- Qui te parle de rendez-vous ! À cette heure, je ne vais plus rencontrer personne d’intéressant sur la place du marché !
- Je comprends mieux ! Et surtout...les nouvelles auront été colportées par les autres !
- Il t’a fallu bien du temps pour comprendre, c’est exactement ça ! Je ne vais plus avoir droit, qu’au rabâché !
- Et votre réputation, va en prendre un coup !
- Ma réputation ? Elle a quoi ma réputation ?
- C’est que, forcément, dans le classement des commères, vous ne serez plus le numéro ONE , comme disent les anglais !
- Oh toi ! Un jour, je te ferai passer par la fenêtre !
- D’abord, on se calme et après on discute ! Me faire passer par la fenêtre ! Vous rêvez d’avoir la Une sur le journal local ?
- La Une ? Pour avoir fait passer un chat par la fenêtre ? Tu rêves mon ami ! Et puis tiens, c’est une idée, comme ça on parlerait de moi !
- Comme meurtrière ? Fi ! Pas très glorieux ça !
- Trêve de bavardage, je fais quoi maintenant ?
- Je vous suggèrerai bien ...le supermarché, en centre-ville ?
- Le supermarché ? Tu sais bien que ce n’est pas ce que je préfère !
- Et pourquoi donc ?
- Tu sais bien ! Ce n’est pas facile de discuter dans les allées, tu es bousculée sans arrêt, avec les caddies !
- Si je peux me permettre ...sur le parking peut-être ? Vous devriez pouvoir déblatérer...euh discuter, tout à votre aise !
- Le marché, c’est trop tard pour aujourd’hui. Va donc, pour le supermarché, et toi, tiens-toi tranquille pendant ce temps !
- Je suis toujours tranquille ! Pourvu qu’elle se décide à partir, que je puisse reprendre mon somme !
- Bon, à tout à l’heure !
La bonne humeur, n’est pas au rendez-vous, mais à faute de grive, il faut bien manger des merles ! La Sainte patronne des pipelettes, ayant sans doute pitié en ce jour, de M’âme Églantine, dès son arrivée sur l’aire de stationnement, elle aperçoit sous la frondaison des rares arbres du lieu, trois de ces comparses, en grande discussion.
- Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous êtes, toutes les trois, rouges comme des coqs en colère ?
- Ah c’est vous ! Bonjour M’âme Églantine !
- Oui, oui, bonjour, à vous trois ! M’âme Josette, il se passe quoi ? Au moins je ne serais pas venue pour rien...
- C’est, c’est que ...Il n’y a plus de moutarde dans les rayons , murmure M’âme Germaine, d’une petite voix contrariée.
- Plus de moutarde ? Je ne comprends pas, c’est grave ?
- C’est la pénurie, qu’ils disent à la télé. On trouve plus de graines, donc on ne pourra plus faire de moutarde, surenchéri M’âme Joseph.
- Et toutes les trois, vous en consommez beaucoup de la moutarde, s’emporte M’âme Églantine, qui sent , elle, la moutarde lui monter au nez.
- Nooon, répondent en chœur les pleureuses.
- Et alors, qu’est-ce-que ça peut vous faire ?
M’âme Germaine, la plus téméraire face à ce juge de circonstance, se lance dans une réplique, qu’elle voudrait cinglant, sans y parvenir.
- Vous dites, vous dites ...oui c’est grave ! Ça commence par la moutarde, et puis ce sont d’autres produits qui manquent...qui sait où cela peut s’arrêter !
- À voir vos rondeurs, pour le moment vous ne me semblez pas affamée !
-Oh ...M’âme Églantine, c’est méchant ça ! Venez Mesdames, je ne peux pas en entendre plus !
- C’est ça, partez ! Si c’est pour dire des bêtises pareilles, allez donc ailleurs, vous allez faire fuir les clients !
Entre rire et colère, M’âme Églantine, prend le chemin du retour, tout en restant sur sa faim.
Décidemment, ce n’est pas mon jour ! Je savais bien qu’à trop dormir ...et ce chat, il va encore se moquer de la situation, je vois ça très bien...sauf si j’arrive à lui inventer une histoire ! Enfin, on verra bien !