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Cette nuit-là, Savéria, ne dormit pas seule, non qu’elle eût quelque amant pour lui tenir compagnie, ce n’était plus de son âge, disait-elle, non, ce furent plutôt les petits sapins découverts par hasard qui occupèrent son sommeil.
Le soleil essayait en vain, depuis un grand moment, de passer à travers les lattes des persiennes lorsqu’elle ouvrit enfin les yeux, avec difficulté.
Le feu ne s’était pas complètement éteint dans la cheminée, lorsqu’elle s’installa dans le vaste salon, pour y prendre son petit déjeuner. C’est dans cette pièce où tradition, avec le fucone [1] (qui n’était plus utilisé toutefois), et modernisme, se côtoient, qu’elle aime prendre petits-déjeuners et repas, rarement dans la cuisine.
Avec ce réveil tardif, la matinée est bien avancée, mais pas suffisamment pour que je téléphone à Lucia, dès à présent. Le soleil a bien effectué son travail sur la neige, cependant j’en suis presque à regretter ce paysage tout blanc !
Le village a repris peu à peu une certaine animation, réduite néanmoins compte tenu des endroits encore enneigés. Savéria imagine les bons feux de cheminée allumés dans chaque maison en voyant la fumée s’échapper par les toits et visualise sans peine, le figatellu qui y sera rôti.
Jusqu’au four commun sur la place du village, d’où s’échappent non seulement des volutes, mais une bonne odeur de pâtisserie qui arrive jusqu’à moi ! Qui donc a eu le courage de l’allumer ? Lucia doit savoir ça et comme il est l’heure que je lui téléphone, ne tardons plus !
Lucia, repose le téléphone, songeuse et troublée. Il y a bien longtemps que plus personne ne s’aventure de ce côté du village, d’autant que tous les champs qui y étaient cultivés, sont maintenant à l’abandon. Elle fait partie des plus âgés, et on n’entend plus gère parler vraiment de l’installation des trois femmes, arrivées à l’époque, dont on ne sait d’où, dans la maison de « L’enclos ». Cette maison, et son enclos mitoyen, particulièrement à l’écart, servait d’habitation à Orso, et à son troupeau de chèvres, chacun dans la partie qui lui était destinée.
On ne savait que peu de chose de lui, mais il portait bien son prénom d’ours, ne parlant à personne. Il se murmurait qu’il avait quitté la plaine orientale, pour s’installer en montagne, et sans que personne eut de certitude, qu’il s’était retiré là, suite à un chagrin. Ceux qui s’étaient aventurés quelques fois près de chez lui, avaient constaté qu’une source, qu’on disait bien mystérieuse, coulait dans son champ, à un emplacement ensoleillé. C’est à peu près, un an suite à son décès, que les nouvelles arrivantes sont venues s’installer à leur tour.
Se plonger dans cet épisode depuis longtemps passé n'enchantait guère Lucia. Une partie des habitants d’alors, n’ayant pas être fiers de leur comportement. Certes, il s’agitait maintenant plutôt de leurs enfants, cependant tout le monde plus ou moins avait entendu parler de « ces sorcières » courant la campagne pour faire, on ne sait quoi !
Il me semble difficile de résister à Savéria ! Enfin, on verra bien ! Les canistrelli de Cécile seront les bienvenus !
À suivre ...peut être ! :-)