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La chanson de la brise

ou La Légende du zéphyr ? 
Il y a bien longtemps et plus encore, les jeunes filles du moins certaines, copiaient avec une belle plume et une non moins belle calligraphie, les poèmes chers à leur cœur. J’aime me promener dans ce vieux cahier jauni d’une tante, que je garde comme un précieux héritage.

 P1010695

Le souffle qui remue imperceptiblement
Cette jeune glycine autour du vieux sarment
C'est l'âme d'un zéphyr dont je connais l'histoire
Pour l'avoir déchiffrée un jour dans un grimoire
Donc, jadis un zéphyr flânant, musant, rêvant
Entra dans un très vieux castel en coup de vent
Et léger, étourdi, frôla de son haleine
Une enfant de seize ans qui filait de la laine.
Ses yeux étaient du bleu de ce lac languissant
Dont il avait ridé la surface en passant.
L'enfant, pour rétablir la coquette harmonie
De l'ondulé repli d'une boucle fournie
Eut un geste du bras, de la main et des doigts
Si triste, si troublant et si chaste à la fois
Que le petit zéphyr, faiseur de pirouettes
Qui comptait ses amours au saut des girouettes
Coutumier du mensonge et gaspilleur d'aveux
Pour l'avoir vu passer ses doigts dans ses cheveux
Sentit qu'il n'aurait plus désormais d'autre reine
Que l'enfant de seize ans qui filait de la laine
Et dès lors, la fillette entraîna sur ses pas
Un amant éperdu qu'elle ne voyait pas.
Et lui fut tout heureux de pouvoir être encore
L'amoureux inconnu qui passe et qu'on ignore.
Dès qu'il apercevait ses beaux yeux rembrunis
Il courait lui chercher des chansons dans les nids.
Ne pouvant apporter toutes les fleurs en gerbe
Il allait lui cueillir des papillons dans l'herbe
Tous ceux des bois, des prés, des jardins, des bosquets
Et quand il avait fait doucement des bouquets
De rubis palpitant, de nacre, d'or ou d'ambre
Son souffle doucement les jetait dans la chambre.
Parfois jusqu'en Provence il allait voyager
Pour revenir plus lourd des parfums d'oranger.
A chacun de ses maux il avait un remède
Si la nuit était froide il se faisait plus tiède.
Si l'air était brûlant et le ciel orageux
Il rapportait du frais des grands sommets neigeux.
Quand elle avait un livre, effronté, comme un page
Il soufflait à propos pour lui tourner la page.
Puis, quand elle dormait dans son petit dodo
Le zéphyr doucement écartait les rideaux.
Il mêlait, pour avoir de son corps quelque chose
Son souffle au souffle pur de la bouche mi-close
Longtemps il contemplait l'harmonieux dessin
Des petits doigts dormant sur la rondeur du sein
Et tout énamouré, pour apaiser sa fièvre
Sans qu'elle eût à rougir la baisait sur les lèvres.

Hélas, un jour, vêtu d'un somptueux pourpoint
Un seigneur arriva que l'on n'attendait point :
Il était jeune et fier et venait d'Aquitaine
Pour épouser l'enfant qui filait de la laine.
Sa grâce, sa beauté, quelques riches présents
Sans peine eurent raison de ce cœur de seize ans.
Après de grands saluts et des compliments vagues
On parla mariage, on échangea des bagues.
Si parfumés qu'ils soient, que peuvent les zéphyrs
Contre les cavaliers qui donnent des saphirs
Des perles, des colliers ? En souffle de tempête
Le zéphyr se rua sur le castel en fête.
Pendant des jours, des nuits on l'entendit hurler
Secouant les vieux murs pour les faire écrouler
Et le jour où l'on fut en cortège à l'église
Tour à tour aquilon, bourrasque, orage ou bise
Pour qu'on n'en jetât pas en chemin par monceaux
Il effeuilla d'un coup les roses des berceaux.
Enfin, suprême espoir, pendant le Saint Office
Il tenta de sécher le vin dans le calice.
Et malgré les efforts du vieux sonneur très las
Força la grosse cloche à ne sonner qu'un glas.
Et puis, il entreprit une effroyable ronde
Pour aller se grossir des tempêtes du monde
Et, terrible, fauchant les pays traversés
Revint au vieux castel après deux ans passés.
Il allait l'emporter comme un fétu de paille
Quand, dans les flancs joyeux de la frêle muraille
Plus facile à briser qu'un tout petit rosier
Il vit un nouveau né dans un berceau d'osier.
Dans les yeux de la mère il lut tant d'espérance
Qu'il frémit au penser des possibles souffrances.
Et, vaincu, terrassé par l'amour triomphant
Rendit l'âme en soufflant sur un moulin d'enfant
Exhalant à la fois et sa vie et sa haine
Aux pieds de la maman qui filait de la laine.

 

 Miguel Zamacoïs "Les Bouffonsvent_02.gif

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M
"La légende de la brise" déclamée par mon père! Rite immuable en fin de repas des belles réunions de famille de notre enfance! Il l'avait apprise dans un " cahier de poèmes" de sa sœur.<br /> La dernière fois : pour ses soixante ans de mariage, il avait 85 ans! Deux ou trois petits accrocs mais il l'a dite jusqu'au dernier vers!<br /> Hier ,l'ayant apprise,je l'ai récitée à maman ( 96 ans!) et elle m'a accompagnée, avec quelques oublis bien sûr, qu'elle mémoire ! Un beau moment pour elle!
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E
votre message me touche beaucoup...j'adore ce poème mais pour ma part je serais bien incapable de l'apprendre par coeur...<br /> mes compliments et mes meileurs pensées pour votre maman
N
<br /> Bonjour, Très heureuse d'avoir trouvé cette poésie car j'ai aussi une grand Tante qui l'a apprise et l'a clamé par coeur. Elle l'a d'ailleurs réécrite pour que je ne l'oublie pas et j'ai pu<br /> m'aider de ton écrit pour compléter le mien. C'est intéressant de voir qu'au fil du temps elles se sont appropriées les paroles, à l'une il manque une strophe au début, et à l'autre c'est plus<br /> vers la fin. Bref elles se seraient bien comprises toutes les deux, peut-être l'ont-elles apprise ensemble ! Merci encore<br />
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E
<br /> <br />  il ne te reste plus qu'a m'envoyer ta version pour que je complète la mienne <br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Merci beaucoup d'avoir partagé ce poème que ma grand-mère m'avait apprise mais que j'avais hélas oublié (ça fait quand même au moins 40 ans lol) et que je cherchais depuis des années !!<br /> <br /> <br /> Vous avez illuminé ma journée ;)<br /> <br /> <br /> Merci Eglantine :)<br />
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E
<br /> <br />  heureuse d'avoir pu vous faire ce plaisir ...bonne journée à vous.<br /> <br /> <br /> <br />
B
<br /> <br /> Petit coucou en passant et voilà que je m'attarde sur ce long poème dont la fin m'émeut un peu beaucoup, évidemment...<br /> <br /> <br /> Quel trésor !<br /> <br /> <br /> A bientôt<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> merci BUchette de ta visite , ce poeme me touche beaucoup<br /> <br /> <br /> à tres bientot chez toi<br /> <br /> <br /> je t'ai mis dans mes liens mais je vais m'inscrie a ta lettre comme ça je ne raterai rien<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> <br /> Merci, Eglantine, pour toute cette page : d'abord le souvenir des belles écritures d'autrefois, oui, ensuite ce magnifique poème d'un auteur que je ne connaissais pas. Miguel Zamacoïs, je vais<br /> poursuivre ma lecture, je retiens bien son nom.<br /> <br /> <br /> Bonne journée<br /> <br /> <br /> <br />
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N
<br /> <br /> magnifique ce partage ! tant de détails et de douceur<br /> <br /> <br /> tu dois te regaler à la lecture de ce manuscrit :)<br /> <br /> <br /> gros bisous<br /> <br /> <br /> <br />
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P
<br /> <br /> ça c'est de la poésie !! j'imagine aisément le cahier calligraphié oh que ça doit être précieux un tel objet!!  merci Eglantine, j'ai des cours à prendre pour écrire de si beaux textes!!!<br /> bon Mardi !! bizzoux<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Cahier magique, tu as su conservé. Un grand merci pour ce beau partage. Ce Zéphir est très émouvant. Grosses bises<br /> <br /> <br /> <br />
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Q
<br /> <br /> Comme il est beau ce poème !<br /> <br /> <br /> ... et belle l'histoire narrée ainsi.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> J'aime bien aussi les anciens cahiers de poésie qui nous remettent en mémoire ces auteurs qu'on ne lit plus.<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Merci beaucoup, Eglantine. Passe une belle soirée.<br /> <br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Un pur régal ! ... A la lecture, je fus heureux, puis malheureux, enfin emu par cette fin...  Merci Eglantine, avec de gros bisous.<br /> <br /> <br /> Michel<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> j'ai toujours beaucoup d'emotion en ouvrant ce cahier: en pensant à la personne qui l'a ecrit et par les poésies<br /> <br /> <br /> Grosse bises<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> Je ne connaissais pas cet auteur Eglantine et à fortiori ce poème que j'ai vraiment beaucoup aimé.<br /> <br /> <br /> Que ne de donnerait-on pour savoir écrire si belles choses ?<br /> <br /> <br /> Merci encore<br /> <br /> <br /> Bises<br /> <br /> <br /> Dominique<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> moi non plus je ne connaissais pas...je decouvre au fil des pages..mais tu écris de belles choses et j'ai aussi grand plaisir a te lire.<br /> <br /> <br /> bisous et bonne soirée<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> <br /> Magnifique ! Comme c'est beau !!!<br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> heureuse que ça te plaise et heureuse que tu ailles mieux <br /> <br /> <br /> bises<br /> <br /> <br /> <br />
E
<br /> <br /> Bonjour Eglantine, c'est tres joli<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Un pur régal sur vos blogs à<br /> vous lire<br /> <br /> <br /> Quel délice je prends de vous<br /> écrire<br /> <br /> <br /> Des visites pub journalières<br /> à distribuer<br /> <br /> <br /> Je vous envoie aussi de<br /> jolies fleurs<br /> <br /> <br /> Pour Vous souhaiter<br /> excellente journée<br /> <br /> <br /> Très ensoleillée et enrobée<br /> de douceur<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> Eliane   a bientot <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />
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E
<br /> <br /> alors non seulement tu es une excellente cuisinière mais en plus poete? bravo<br /> <br /> <br /> c'est gentil et très beau<br /> <br /> <br /> merci infiniment<br /> <br /> <br /> bisous<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> <br /> Un presque drame de la jalousie que l'innoncence désarme. J'ai moi aussi un cahier jauni plein de chansons, trouvé dans le grenier de mon grand père. j'aime ton blog, il est d'une grande variété<br /> et toujours agréable. bonne journée<br /> <br /> <br /> <br />
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