Traditionnellement en Corse et certainement ailleurs, dans les anciens temps, le mariage était une affaire de famille. Les intérêts économiques et même politiques, prenaient le pas sur les sentiments des jeunes gens.
Paola était une adorable petite fille de trois ans lorsque les parents de Vincent, son aîné de deux ans, vinrent aménager dans le village, juste la maison d’à côté de la sienne. La grand-mère qui habitait cette modeste petite maison, était partie vivre chez une de ses filles et les parents du petit garçon en avaient hérité. Les deux enfants firent rapidement connaissance et prirent l’habitude de jouer ensemble. Bien que partageant aussi les jeux des autres enfants du village une complicité particulière s’installât entre eux.
Les années passèrent dans l’insouciance pour les enfants puis pour les adolescents qu’ils étaient devenus et si les parents de Paola ne voyaient pas forcément d’un bon œil cette relation qui devenait plus intime, ils ne s’opposèrent pas ouvertement. Il faut dire que la famille de Vincent n’était pas de la même caste que ceux de la jeune fille et surtout les opinions politiques divergeaient.
L’enfant devint une belle jeune fille et sa communauté commença à s’inquiéter de la tournure que prenait sa relation avec cet ami d’enfance, c’est qu’honneur et amour sont étroitement liés. Elle faisait partie d’une caste ou l’homme qu'elle épousera devait correspondre à la volonté des parents et ce n’était pas tout à fait le cas pour Vincent.
Les vieilles rassemblées sur le pas de la porte, commencèrent à jaser sur les sorties des deux jeunes gens, tant dans le village qu’aux alentours. Mais l’amour n’a que faire des veilles radoteuses et il ne demanda d’autorisation à personne pour s’installer entre Paola et Vincent. Les parents de Paola s’opposant au mariage, les jeunes gens par un beau dimanche de printemps, se rendirent à la messe du village, accompagnés de deux témoins et à l’élévation de l’hostie, chacun à son tour déclara devant les paroissiens vouloir se prendre pour époux, puis quittèrent précipitamment l’église. Le « mariage du renard » était porté ainsi à la connaissance de tous.
La chose étant rendu publique il ne resta plus aux parents qu’à faire bonne figure, entreprendre les négociations en vue de fixer la date du mariage et de s’affairer aux préparatifs, car toutes les communautés voisines allaient être aussi conviées.