
Sovéria fatiguée, s’assois sur la première grosse pierre qui se trouve sur son chemin. Elle n’a plus l’âge de courir la campagne après son troupeau de chèvres, mais si elle ne le faisait, qui le ferait !
Ce n’est pas son fainéant de mari qui passe son temps à jouer aux cartes avec les bras cassés du village qui aurait l’idée de la soulager. Bien des années avaient passées ou jeune épousée amoureuse elle trouvait toujours une excuse à ce paresseux, aujourd’hui elle avait un autre regard sur cet homme qui la chagrinait sans arrêt.
Elle regrette d’avoir été si naïve en espérant qu’un jour il pourrait changer mais ce qui était fait était fait dit le proverbe et ce n’est pas à son âge qu’elle pourra y changer quelque chose. Certes, c’est elle qui avait apporté tous leurs biens actuels en dot, mais elle ne se sentait pas le courage de le mettre à la porte.
Son chien s’agitait en aboyant autour du troupeau pour le garder dans le bon chemin, tout en gambadant autour d’elle. En voilà un au moins qui était fidèle et efficace. Ils se connaissaient depuis de nombreuses années mais Tempête vieillissait en même temps qu’elle et bientôt ils auraient besoin tous les deux de se mettre au repos.
Sovéria ferma les yeux un instant et s’assoupit tout doucement, la tête penchée en avant mais sans perdre l’équilibre. Elle avait l’habitude de ces petits sommes qui lui permettaient de tenir toute la journée à garder le troupeau. Le bruit de la rivière en contre-bas du sentier, la berça un moment.
La pensée de la transhumance toute proche lui mettait un léger sourire aux lèvres. C’était la meilleure période de l’année pour elle. Loin de son vaurien de mari elle se ressourçait là-haut dans la montagne, vers le Monte-d'Oro.
Comme d’habitude au lever du jour elle commencerait par la traite puis le troupeau serait laissé libre de paître dans l’endroit de son choix mais sous la surveillance vigilance de Tempête qui veillerait au grain.
Après la fabrication du fromage et du brocciu, dans la journée elle pourrait se laisser aller à sa passion de la lecture ou à travailler le bois.
Peut-être, que comme les autres années, son ami Martin viendra la rejoindre pour partager un moment ensemble. C’était une amitié amoureuse qui était née il y a bien des années mais en femme fidèle Sovéria n’avait jamais failli.
Une caresse sur sa main la sortit de son doux songe, Tempête venait de la réveiller pour attirer son attention sur la nuit qui n’allait pas tarder.
Allons il était temps de reprendre le chemin de retour et de se mettre en état de préparer dès demain matin son déménagement pour la haute montagne, ce début du mois de mai s’annonçait sous les meilleurs auspices.
Un jour viendra où ces sentiers de transhumance seront abandonnés par des bergers de plus en plus rares mais parcourus par des amateurs de randonnées, Sovéria le sentait dans son âme...ainsi va la vie aussi plus que jamais elle voulait profiter encore une fois de cette montagne véritable coin de paradis, du bruit de la cascade qui rugissait près de sa bergerie, et c’est en chantonnant qu’elle reprit le chemin de la maison.