
Voici un récit qui fait partie des vieilles croyances insulaires, sans doute la plus forte et la plus impressionnante. C’est l’histoire des mazzeri ou mazzeru au singulier.
Le mazzeru est un homme comme les autres, que rien ne distingue des villageois. Il cultive son champ, surveille son troupeau, vit paisiblement sa vie de famille.Il va à la messe, et est un fervent paroissien. Mais ses prédilections concernant la mort sur tel ou tel personne se réalisent toujours, ainsi est-il redouté de tous mais aussi respecté car il est la mémoire de savoirs et de rites anciens.
Seules ses nuits sont différentes. Certains prétendent que c’est le seul instant ou il devient dangereux. Il se livre à de sinistres battues avec d’autres sorciers poussés par une force invisible. Leurs lieux de chasse sont des lieux incultes, au maquis impénétrable et situé près d’une rivière. La bête tuée c’est au moment ou il la retourne sur le dos, qu’il se penche sur le cadavre qu'il voit la tête de l'animal se transformer en visage de l'homme ou de la femme dont, dès lors l'arrêt de mort est signé.
Les cours d’eau, comme dans d’autres cultures, sont en Corse des routes des morts. C’est à cette limite qui se marque le passage d’un monde à l’autre.
Mais le mazzeru :
« En réalité il dort dans son lit, mais se débat dans d’épouvantables rêves. Il rêve qu’étant à la chasse avec son chien il tire sur un oiseau brusquement surgi d’un buisson. L’oiseau tombe, le chien hurle à la mort. Le sorcier s’approche de l’oiseau : il a à ses pieds le cadavre d’un homme de son village. Il se réveille alors tout en sueur. Quelques jours plus tard l’homme meurt. Et le sorcier continu de vivre, craint, haï, portant comme un fardeau ses terribles pouvoirs. »
Extrait du Guide la Corse mystérieuse. Gaston d’Angélis et Don Giorgi.1980
Le mazzeru ne révèle jamais la prédiction à la personne concernée mais l’annonce à son entourage, afin que chacun veille à le rendre le plus heureux possible pour ses derniers moments de vie.